DATI mobile et travail isolé : la stratégie gagnante d’une collectivité face aux risques terrain

Classé dans la catégorie : Risques pour l'Homme au travail

Dans les métiers de l’eau et de l’assainissement, le travail isolé reste une réalité quotidienne. Exposition aux risques, éloignement des secours et zones sans réseau imposent des réponses concrètes. Le retour d’expérience d’une grande collectivité éclaire les bonnes pratiques en matière de protection des agents.

Travail isolé dans l’eau et l’assainissement : une réalité à haut risque

Les services d’eau potable et d’assainissement reposent sur une grande diversité de métiers techniques, dont une part importante s’exerce en solitaire. Interventions sur les réseaux, contrôles d’ouvrages, maintenance d’équipements électromécaniques ou visites chez les usagers exposent régulièrement les agents à l’isolement, loin de toute aide immédiate.

Cette situation concerne notamment les exploitants de stations, les techniciens réseaux, les égoutiers, les agents SPANC, les hydrauliciens ou encore les équipes de maintenance des ouvrages hydrauliques. L’isolement n’est pas un choix organisationnel par défaut, mais souvent une contrainte liée à la nature même des missions.

Les risques associés sont multiples et parfois cumulatifs :

  • Chutes de plain-pied ou de hauteur lors d’interventions techniques
  • Malaises ou accidents médicaux sans témoin
  • Intoxications dues aux gaz dangereux comme le sulfure d’hydrogène ou le chlore
  • Risque de noyade à proximité de bassins, rivières ou réservoirs
  • Stress et charge mentale liés à l’absence de contact et au sentiment d’isolement

Face à ces dangers, la réglementation impose à l’employeur une obligation forte de prévention et de protection, incluant la capacité pour un agent isolé de donner l’alerte rapidement.

Pourquoi une application DATI plutôt qu’un équipement dédié

Dans le cadre de l’actualisation de son document unique d’évaluation des risques, une grande métropole a identifié dès les années 2010 la nécessité de mieux encadrer le travail isolé. Si le recours au travail en binôme a été privilégié lorsque cela était possible, de nombreuses situations ne le justifiaient pas opérationnellement.

Le choix s’est alors porté sur un dispositif d’alarme pour travailleur isolé, avec une orientation claire : éviter le suréquipement. Les agents disposaient déjà de plusieurs équipements obligatoires (détecteurs de gaz, équipements de protection individuelle) ainsi que d’un smartphone professionnel.

L’application DATI installée sur smartphone s’est imposée comme une solution plus réaliste :

  • Un outil déjà porté et allumé en permanence
  • Moins de risques d’oubli ou de batterie déchargée
  • Une prise en main plus rapide pour les équipes
  • Une meilleure acceptation sociale par les agents

Cette approche pragmatique a permis d’intégrer la sécurité du travailleur isolé dans les usages existants, plutôt que d’ajouter un dispositif perçu comme contraignant.

Déclenchement des alertes et gestion des zones sans réseau

Le paramétrage du DATI a fait l’objet d’une phase de test approfondie afin d’adapter les déclenchements aux réalités du terrain. Plusieurs modes sont disponibles, mais tous ne sont pas pertinents selon les postures et les conditions de travail.

Le mode de détection d’immobilité prolongée a été privilégié, jugé plus fiable que la perte de verticalité, souvent déclenchée lors de postures normales (accroupissement, travail au sol). Ce choix a permis de limiter fortement les fausses alertes.

La problématique des zones blanches a également été centrale. Réservoirs enterrés, ouvrages isolés en milieu rural ou espaces confinés rendent parfois impossible l’envoi d’une alerte en temps réel. La réponse organisationnelle repose sur l’anticipation :

  1. L’agent programme une alerte avant d’entrer en zone sans réseau
  2. Il enregistre un message vocal précisant lieu, mission et durée prévue
  3. Si le compte à rebours n’est pas désactivé à temps, l’alerte est transmise

Cette logique permet de maintenir un niveau de protection même en l’absence totale de couverture mobile.

Chaîne d’alerte, levée de doute et appropriation par les agents

La gestion des alertes repose sur une chaîne clairement définie, combinant télésurveillance externe et ressources internes. Lorsqu’une alerte est déclenchée, elle est traitée en priorité par un centre dédié, puis relayée vers le poste de supervision interne capable, lorsque c’est possible, d’effectuer une levée de doute visuelle.

Si la situation ne peut être confirmée ou si l’agent intervient hors champ de caméras, un cadre d’astreinte est mobilisé, voire les secours si nécessaire. Cette organisation a été pensée pour être proportionnée, réactive et compatible avec les contraintes du service.

L’adoption par les agents a nécessité un accompagnement managérial, notamment pour lever les craintes liées à la géolocalisation. La transparence sur le fonctionnement du dispositif a joué un rôle clé : localisation et écoute ne s’activent qu’en cas d’alerte, et l’agent garde la main sur certains paramètres.

Des formations, des exercices réguliers et une ergonomie jugée simple ont renforcé l’adhésion. Aujourd’hui, le dispositif est perçu non comme un outil de contrôle, mais comme un filet de sécurité indispensable pour intervenir seul avec davantage de sérénité.

Sur le même sujet, Retex de la Régie d’Eau et d'Assainissement du Grand Nancy : Eau et Assainissement : comment assurer la sécurité de vos travailleurs isolés ?.

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