Longtemps cantonnée aux secteurs à haut risque, la prévention des conduites addictives s’impose aujourd’hui comme un enjeu transversal de sécurité au travail. Derrière les usages de substances ou de comportements excessifs se cache souvent une santé mentale fragilisée, révélatrice de risques psychosociaux mal maîtrisés.
Pourquoi les addictions restent un sujet délicat en entreprise
Dans certains secteurs comme le transport, le bâtiment ou l’industrie, la question des addictions est historiquement liée à la sécurité des salariés et des tiers. En revanche, dans de nombreuses entreprises tertiaires ou de services, le sujet demeure sensible, voire évité. Les dirigeants interviennent fréquemment tardivement, lorsque la situation devient critique et difficilement gérable.
Les situations visibles – malaise lié à l’alcool, usage de stupéfiants sur le lieu de travail, comportements à risque lors d’événements professionnels – ne représentent qu’une infime partie du problème. En amont de l’addiction avérée, ce sont les usages de substances psychoactives qui doivent être interrogés, qu’il s’agisse d’alcool, de tabac, de médicaments psychotropes ou de drogues illicites.
L’alcool illustre parfaitement cette complexité. Produit légal, socialement accepté et souvent associé à la convivialité, il peut pourtant altérer les capacités physiques et cognitives dès une faible consommation. La frontière entre vie professionnelle et vie privée, la liberté individuelle et le poids des habitudes culturelles rendent la prévention plus difficile à structurer.
Santé mentale et conduites addictives : un lien étroit
Les travaux récents en prévention montrent que les conduites addictives sont étroitement liées à l’état de santé mentale des salariés. Une proportion importante de personnes présentant un trouble psychique développe également une dépendance à une substance ou à un comportement. Cette interaction fonctionne dans les deux sens.
Dans certains cas, la consommation agit comme un mécanisme de compensation face au stress, à l’anxiété ou à une souffrance psychique. À court terme, elle peut donner l’illusion de soulager, avant d’aggraver durablement la situation. À l’inverse, un trouble addictif peut lui-même provoquer ou accentuer une dégradation de la santé mentale.
Aborder la prévention des addictions par le prisme de la santé mentale permet ainsi de sortir d’une logique punitive ou moralisatrice. Des outils structurants, comme des chartes d’engagement ou des cadres de référence collectifs, facilitent l’inscription du sujet dans une démarche globale de prévention des risques psychosociaux.
Identifier les usages à risque pour agir efficacement
Dans les métiers exposés, la prévention repose avant tout sur la capacité à repérer précocement les troubles. La formation des managers et des équipes à la détection des signaux faibles constitue un levier essentiel. Elle permet d’objectiver les situations, d’éviter les interprétations hâtives et d’activer les bons relais d’accompagnement.
L’évaluation des conduites addictives s’appuie généralement sur trois critères : l’impact sur la santé, la vie sociale et la situation économique de la personne concernée. Des outils visuels, comme des grilles d’évaluation de l’état de santé mentale, aident à situer le niveau de gravité et à déterminer le degré d’urgence de l’intervention.
Une fois le trouble identifié, l’enjeu est d’orienter rapidement le salarié vers des ressources adaptées, internes ou externes à l’entreprise. Cette étape suppose un réseau de partenaires fiable et connu des acteurs de terrain.
Conditions de travail : un facteur aggravant souvent sous-estimé
Les usages addictifs en milieu professionnel sont rarement déconnectés des conditions de travail. On distingue généralement trois formes de consommation à risque :
- La consommation d’importation, issue de la sphère privée mais ayant un impact sur le travail.
- La consommation d’adaptation, utilisée pour faire face à une pression ou une souffrance professionnelle.
- La consommation d’acquisition, intégrée aux pratiques collectives et aux temps de convivialité.
Ces usages peuvent évoluer de manière insidieuse, passant de ponctuels à chroniques lorsque les facteurs organisationnels ne sont pas traités. La réflexion sur les pratiques d’entreprise, notamment lors des événements festifs, fait partie intégrante de la prévention.
Structurer une démarche de prévention des conduites addictives
La prévention des addictions doit s’inscrire dans une démarche globale de sécurité au travail, au même titre que les autres risques professionnels. Elle repose sur plusieurs étapes clés :
- Intégrer le sujet au dialogue social et aux politiques de prévention existantes.
- Réaliser un diagnostic des usages et des conditions de travail.
- Élargir la réflexion aux addictions sans substance, comme l’hyperconnexion ou le surtravail.
- Relier les usages identifiés aux risques professionnels, poste par poste.
- Déployer un plan d’actions combinant sensibilisation, formation et accompagnement.
- Former les acteurs clés et adapter, si nécessaire, le cadre réglementaire interne.
Certaines branches professionnelles ont déjà engagé des démarches structurées, privilégiant la sensibilisation et la responsabilisation plutôt que le contrôle systématique. Cette approche permet de lever les tabous et d’agir durablement sur les causes profondes des conduites addictives au travail.
Auteur : Inforisque.Sur le même sujet : Addictions en entreprise : quels liens avec la santé mentale ?.